Enfin à l'époque où l'automobile et l'aviation cessaient d'être "engins diaboliques" pour devenir réalité, tandis que les chars Dumont filaient vent arrière sur les longues plages de sable fin de la côte belge, en France, un homme se passionne pour le même problème.Sur la grève d'Hardelot, il fait évoluer ce qu'il appelle des aéroplages, construits dans son atelier de Levallois. Ce bricoleur né ne devait pas en rester là : quelques années plus tard, il allait entrer dans la légende en effectuant la première traversée aérienne de la Manche. Il se nommait Louis Blériot

Peu de temps après , les premières compétitions apparaissent: en 1912 à Berck, puis en 1913 à Hardelot, où les organisateurs réussissent à présenter un plateau international de 43 engagés.Le Belge, Dumont sort victorieux de l'épreuve et surtout atteint la vitesse remarquable pour l'époque de 54km/h.Le sport du char à voile était né!

Le vainqueur du "Channel" n'est pas le seul grand aviateur à s'être adonné aux joies du char à voile. le chevalier Willy Coppens, as des as belge de la première guerre mondiale (36 victoires en combat aérien) a lui aussi été un adepte convaincu de la navigation sur sable.

"Le char à voile, a-t-il écrit, réunit les joies de la voile et de la vitesse, si perceptible pour l'équipage assis au ras du sable dans le vent, les joies de l'habileté et du coup de volant précis et les joies de la plage avec ses flaques traversées dans un jaillissement d'eau soulevée par les roues, ses étendues planes, son ciel immense, les senteurs marines et la mer si proche".

Il faut ensuite attendre la fin de la guerre pour voir l'aéroplage se développer sur le littoral de la côte d'Opale.

C'est alors que vient Henry Demoury, meunier, ingénieur des Arts et Métiers et surtout grand amateur de sport de plage. Le premier, il "pense" scientifiquement le char à voile, ou plutôt, à force d'observations s'ajoutant à son expérience personnelle, et à ses connaissances en mécanique, il crée la première machine construite rationnellement. Elle est légère, haute en voilure, bonne manoeuvrière et surtout très stable, grâce à ses roues d'automobiles qui remplacent avantageusement les roues de voitures d'enfant, dont les machines belges sont équipées.

Au cours de l'année 1929, au volant de son char à voile, Henry Demoury traverse la campagne soissonaise tout au long de la départementale n°6 qui relie Fère en Tardenois à Soissons.-Pourquoi n'affronterions-nous même aujourd'hui l'autoroute Paris-Lille par exemple?

Ensuite des hivers rigoureux se succédant, ce même char monté sur patins glisse sur l'étang gelé de Logelle, étang de 16 hectares, situé entre Château-Thierry et Dormans, terre natale de LA FONTAINE, et PAUL CLAUDEL entre'autres.A cette époque déjà, le har à glace (ice-boat) se pratiquait en alemagne, en Suède et au Canada.

Le coup d'essai d'Henry Demoury est un succès, puisque venu participer à une compétition à la Panne, parmi les spécialsites, il se classe premier. Encouragé par cette réussite, il installe un petit atelier au Touquet et permet la création d'un centre actif qui va très vite devenir prospère. Chaque année, il perfectionne les engins dont il établit les plans durant l'hiver.

En 1935, avec son ami, Gaston Sainsard, il organise un meeting qui obtient un magnifique succès. Cette même année, la cour d'Angleterre, étant venue passer une semaine au Touquet, il était aisé de comprendre la joie de Colette Demoury pilotant la princesse Elisabeth, actuellement reine d'Angleterre et sa soeur la Princesse Margareth; joies compensant les obligations des allées et venues de Merlimont au Touquet, en aéroplage, afin de se rendre en classe régulièrment et par tous les temps.

Puis vint la guerre et l'aéroplage comme les autres activités sportives se trouve interrompue.Mais dès 1947, les machines apparaissent de plus en plus nombreuses, en France, en Europe du Nord et même aux Etats-Unis et en Australie.

1956 marque une date dans l'histoire de l'aéroplage; le Blériot-Club naît sous l'impulsion de René Reneau, prend vite de l'ampleur et devient bientôt le temple du char à voile.

Animé par les frères Pouchelle, le cercle à la voile de Fort-Mahon se crée en 1958. La même année a lieu la première rencontre internationale depuis la guerre. les pilotes viennent de Belgique, de France et d'Angleterre. L'Allemagne a envoyé une délégation d'observateurs munis de mètres, afin de prendre les cotes de tous les chars.

Cette rencontre favorise l'évolution et la création, par Pierre Demoury, du premier losange caréné, dont la forme et la couleur lui valent son surnom de "la banane". Cet aéroplage ressemble géométriquement à un losange dont la roue avant et la roue arrière synchronisées sont directrices, l'écartement des roues latérales assurant la stabilité, ce qui lui permet d'évoluer à grande vitesse en toute sécurité. Cette machine est très aérodynamique; de plus, la voile prise d'un bout à l'autre dans la rainure du mât, est très lattée, pour qu'elle soit plus rigide au vent, donc d'un meilleur rendement et en Tergal presque indéformable.Pour "border" la voile, comme sur toutes les machines "Demoury", père et fils, on tourne à gauche un second volant placé derrière celui de la direction; ceci permet de faire venir la voile plus ou moins près de l'axe du char, un frein maintenant le volant dans la position voulue. En libérant le frein, on relance la voile, soit par un virement de bord vent debout, soit par un empannage, vent arrière, et cela dans le minimum de temps.

Malheureusement, ce losange restera un prototype pendant plusieurs années,de même que les machines de M.René Reneau, dont les voiles sont de véritables ailes d'avion.

A partir de 1962, M.Jean Gimmel, Président de la Fédération Française de Char à voile ((F.F.C.V. lire histoire détaillée du char à voile),emmène chaque année à l'étranger les meilleurs pilotes français qui participent ainsi aux championnats d'Europe.